Le Carnaval de Venise est mondialement connu pour ses somptueux costumes et ses masques raffinés, qui transforment chaque année la Sérénissime en un théâtre à ciel ouvert. Dans cet univers de mystère et de féérie, les animaux occupent une place particulière, que ce soit à travers des masques zoomorphes, des allusions historiques ou encore des symboles vénitiens. Dans cet article, nous explorerons comment les animaux se manifestent dans le Carnaval de Venise, tant par l’imaginaire des masques que par les traditions et l’héritage de la cité des Doges.
1. L’animal, source d’inspiration pour les masques
1.1. Les masques zoomorphes
Si l’on associe souvent le Carnaval de Venise à des masques plus classiques comme la bauta ou la volto, il existe une large gamme de masques représentant des animaux, parfois très réalistes ou, au contraire, stylisés :
- Chats (gatte ou la gnaga) : Historiquement, les chats sont nombreux à Venise, où ils étaient appréciés pour chasser les rats dans les palais ou dans les rues. Les masques félins, avec ou sans moustaches, symbolisent à la fois la ruse, la féminité et l’esprit espiègle.
- Oiseaux : Les masques d’oiseaux, particulièrement de corbeau ou de perroquet, sont souvent colorés, avec de grands becs et des plumes reconstituées, évoquant l’exotisme et la liberté.
- Créatures fantastiques : Certains artisans de masques créent aussi des chimères, mi-animales mi-humaines, qui ajoutent au caractère onirique et surréaliste du Carnaval.
1.2. L’effet théâtral des masques animaliers
Au milieu de la foule costumière, les masques représentant des bêtes sauvages, des félins ou des oiseaux permettent aux festivaliers de jouer un rôle théâtral :
- Expression d’une personnalité : Être un renard malin, un lion souverain ou un chat curieux le temps d’une soirée confère un sentiment de libération et de fantaisie.
- Interaction ludique : Les masques animaliers invitent souvent à des jeux de rôles improvisés, des échanges amusants avec les passants, renforçant l’atmosphère de jeu et de mystère.

2. Le lion, symbole vénitien par excellence
2.1. L’héritage du Lion de Saint-Marc
Le lion ailé est l’emblème de la République de Venise, associé à l’évangéliste Saint Marc, dont les reliques sont conservées dans la basilique éponyme. On le retrouve partout en ville :
- Sur la place Saint-Marc : Sculptures, drapeaux, mosaïques représentant le lion ailé.
- Dans l’art vénitien : Peintures historiques, sceaux officiels, blasons familiaux.
2.2. Le lion dans le Carnaval
Bien que le lion ailé se voie surtout dans l’architecture et les drapeaux, certains costumes ou masques durant le Carnaval intègrent la figure du lion pour rappeler :
- La puissance de l’ancienne République : Force, fierté, esprit conquérant de la Sérénissime.
- Une référence à l’identité vénitienne : Le lion devient un moyen de revendiquer l’attachement profond à Venise et son patrimoine.
3. Vestiges d’animations et d’événements autour des animaux
3.1. Les spectacles historiques
Dans la Venise d’autrefois, on assistait parfois à des démonstrations ou des parades impliquant des animaux exotiques, ramenés des contrées lointaines par les marchands vénitiens. Durant certaines festivités, on pouvait admirer :
- Chevaux, chameaux, oiseaux rares : Preuve du rayonnement commercial et diplomatique de la Sérénissime.
- Parades et cortèges : Les doges et aristocrates montraient leur faste en exhibant des bêtes rares lors de défilés.
3.2. Les traditions actuelles
Aujourd’hui, si l’on ne voit plus de véritables animaux défiler dans les rues pendant le Carnaval, on retrouve leur évocation à travers :
- Masques et costumes : Comme mentionné, la présence animale est majoritairement symbolique.
- Accessoires et décorations : Plumes, fourrures synthétiques, motifs ornant les robes ou les capes, rappelant la faune sauvage ou exotique.
4. Artisans masquiers et ateliers : la mise en valeur des animaux
4.1. Le savoir-faire des mascareri
Les artisans spécialisés dans la fabrication de masques, appelés mascareri, créent des modèles animaliers avec :
- Papier mâché : Technique traditionnelle, légère et aisément modelable.
- Décors peints à la main : Détails d’yeux, de pelage, de plumes ; parfois agrémentés de feuilles dorées ou de strass.
- Plumes, cuirs, tissus : Pour enrichir l’aspect animal, donner un effet réaliste ou baroque.
4.2. La personnalisation des masques
Il est possible de commander des masques uniques, représentant un animal précis :
- Le chat, le renard, la chouette… : En fonction des préférences ou de la symbolique recherchée.
- Adaptation à son propre visage : Certains ateliers ajustent la forme, peignent selon un thème ou des couleurs spécifiques, offrant ainsi une pièce d’artisanat unique.
5. L’impact écologique et la protection animale
5.1. Un carnaval plus responsable
Le Carnaval de Venise, tout en valorisant l’imagerie animale, se fait l’écho de préoccupations contemporaines :
- Pas d’animaux en direct : Contrairement à certaines époques où la présence d’animaux exotiques était un luxe, la mentalité actuelle promeut le respect de la faune et limite l’utilisation d’animaux vivants dans les festivités.
- Sensibilisation : Des associations écologistes profitent parfois de l’événement pour rappeler l’importance de protéger les espèces menacées.
5.2. Des masques éco-responsables
Les fabricants conscients de l’impact environnemental proposent :
- Matériaux recyclés ou recyclables : Réduction de l’usage de plastiques non dégradables.
- Teintures et peintures écologiques : Pour diminuer la pollution due aux solvants et produits chimiques.
Conclusion
Le Carnaval de Venise, avec son héritage riche et ses traditions festives, laisse une large place à l’univers animalier dans sa diversité – qu’il s’agisse de masques à l’effigie du chat vénitien, de costumes inspirés des créatures exotiques ou encore du lion, symbole incontournable de la ville. Les animaux, par leur présence réelle ou symbolique, rappellent la dimension onirique de la fête et la fascination qu’exerce la nature sur l’imaginaire collectif. Aujourd’hui, cette présence se fait davantage sous forme d’artisans masquiers et de symboles visuels plutôt que d’animaux vivants, témoignant d’une évolution vers un Carnaval où l’esthétique et l’écologie se rejoignent pour célébrer la beauté du monde, humain comme animal.











